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Mères indignes et autres sujets de l’heure…

Il était une fois des mères….

 

Depuis quelques temps déjà, le phénomène des mères indignes fait réagir (lire ici-bas, nous avons recopié certains textes pour vous).

 

Laissez-nous vous raconter une histoire sur le sujet…

 

Il était une fois, il n’y a de cela pas si longtemps, un monde merveilleux où la famille régnait et la maternité se vivait dans la plus grande harmonie. À cette époque :

 

  • Mettre un enfant au monde était un événement exclusivement heureux
  • Toute mère aimait son enfant dès la naissance
  • Toute mère savait d’instinct comment prendre soin de son enfant
  • Toutes les tâches associées aux soins du bébé (et de la maison) plaisaient
  • Toute mère se donnait de manière inconditionnelle
  • Aucune mère ne se fâchait ou n’était irritable, jamais
  • Toute mère était une super femme qui s’accomplissait à la maison et autrement
  • La maternité avait le pouvoir de préserver la santé mentale de la femme
  • Aucune mère ne demandait d’aide pour prendre soin de son enfant, jamais

 

Ici s’arrêtait le conte. Avec la venue de bébé.

 

Les mythes de la « maternité heureuse » ont la vie dure.  S’il est vrai que la maternité est une occasion extraordinaire de croissance personnelle et d’épanouissement, il est vrai, aussi, qu’avec la venue de bébé, vient tout un contingent de responsabilités.

 Malgré le temps, les mythes sont là, puissants et culpabilisants. Heureusement, quelques mères osent dépasser les apparences et exprimer leur incapacité à reproduire ce modèle. Elles parlent, se regroupent, écrivent. Elles manifestent haut et fort, parfois avec humour, leur peur d’être indigne de ce rôle !

 Une des façons de déconstruire tous ces mythes est de discuter de son expérience avec d’autres mères. Cela se fait souvent de manière informelle, avec une voisine, une amie… Pour qui n’a pas cette chance, il y a les groupes d’entraide et de soutien. Ils sont composés de ces voisines, de toutes ces mamans qui vivent la même réalité; ils accompagnent les mères qui côtoient des situations similaires. Existe, aussi, pour les postulantes à l’indignité, le web et ses différents portails qui autorisent le partage des craintes, des rires, des larmes, utiles aussi pour défouler, dédramatiser le quotidien, déculpabiliser de n’être qu’un parent avec ses hauts et ses bas.

 C’est exactement tout cela qu’offre le Groupe Les Relevailles. Il accueille chaque semaine des dizaines de mères qui se racontent, se questionnent, doutent de leur compétence, se rassurent… pourtant jamais il n’est face à l’indignité, plutôt devant des êtres humains qui apprennent un nouveau rôle, celui de mère, et qui s’adaptent à de nouvelles situations en perpétuelle mouvance.

 L’important c’est de trouver un lieu et un moyen d’expression !

Et vous ? Et toutes ces mères qui se qualifient d’imparfaites ou d’indignes? Qu’en est-il ?

 Tous les points de vue sont enrichissants, faites-nous connaître le vôtre….

bebe

Le Réseau Famille d'aujourd'hui écrivait dans le Billet de Martyne

Y a-t-il un vaccin contre les mères indignes?

Je ne veux pas faire de cynisme mais avouons-le, les deux seules choses dont nous, parents, entendons parler ces jours-ci (à part la soi-disant corruption qui n’existe pas, qui a toujours existé mais que personne ne veut dénoncer, et avec laquelle nous avons appris à vivre avec, même pas la police et les commissions d’enquête) sont le vaccin contre la grippe AHI Ni et les mères indignes.

Commençons par la dernière. Au printemps, déjà je disais: bon c’est drôle, les gens veulent rire un peu et se divertir. Personnellement, je crois qu’il est possible de faire rire les gens sans toujours tomber dans la caricature méchante en riant de quelqu’un ou d’une situation. On peut rire de bien des choses mais encore faut-il se creuser la tête un peu en tant qu’auteur… Un exemple de l’humour qui s’adresse aux parents est certainement la promo de Familiprix au début de la chronique des Mères indignes…

J’ai cru alors que cela ne serait qu’un feu de paille. Ce n’est pas le cas… À mon grand étonnement, on remplit encore l’écran, les journaux et les panneaux publicitaires de ces chroniques, blog, livres et autres produits. Ceci est dénigrant et totalement inutile aux parents, heureux de l’être et surtout fiers de l’être.

Je ne me considère pas comme une femme “straight” et qui n’entend pas à rire. L’humour fait partie de mes valeurs fondamentales, surtout lorsque je tiens à transmettre ceci à mes enfants. Mais là franchement, il y a des limites à présenter ainsi les parents (je ne ferai même pas allusion spécifiquement à la femme comme ces auteures le font si aisément malgré la place de plus en plus importante des hommes).

Et financé avec mon argent et celles de tous les parents qui ne mettent pas de cognac dans leur café pour réussir à faire leur journée ou qui ne sortent pas de chez eux en laissant les enfants enfermés dans la maison parce qu’ils en ont “ras le pompon”… Ces parents arrivent à l’heure à l’école et font des lunch santé parce qu’ils sont heureux d’avoir des enfants et non parce qu’ils sont obligés de le faire ou par égoïsme (comme on l’abordait dans la Presse le 17 octobre dernier dans un dossier sur les raisons pour lesquelles on a des enfants).

Vous est-il passé par la tête que nous pouvions avoir des enfants simplement par envie d’en avoir? Par désir d’élever une famille. Par envie de se dépasser en tant qu’être humain comme cela se fait depuis le début de l’humanité?

Qui a dit que s’occuper de ses enfants était facile? Personne! La grande majorité des parents savent exactement dans quoi ils s’embarquent et apprécient grandement ce rôle. Avec des moments forts et des moments de détresse, comme dans n’importe quel projet qu’on entreprend!

J’espère sincèrement que la majorité des parents ne tomberont pas dans le panneau “Les mères indignes” comme un modèle et que la beauté d’avoir des enfants gagnera sur ces turpitudes nuisibles à l’ensemble de la population.

À quand des capsules financées par l’État pour montrer des familles qui réussissent et qui donnent le goût à tous les jeunes parents d’aller de l’avant avec leur beau plan de vie?  ~

A ce moment là, vous aurez mon appui et mon admiration! En attendant, merci de vous faire discrètes plutôt qu’indignes. Comme exprimé dans mon titre, dommage qu’il n’existe pas un vaccin contre ces chroniques inutiles…

Martyne Huot

Commentaire

De V.:

Ma chère dame…

Votre incompréhension de l’humour et du plaisir dans la vie me fait pitié… Avant d’écrire de si grandes insanités mondaines et hautaines, je vous prierais d’aller discuter avec les auteurs des Zimparfaites ou de Mère indigne…

La seule chose qu’on peut remarquer dans votre article, c’est que vous écrivez sur un sujet que vous ne connaissez pas. Il n’y a personne de parfait et je suis désolée de vous l’annoncer, mais vous non plus! Ceci est la base du concept des Zimparfaites et des Mères indignes, rien d’autre… Vous en venez à presque affirmer dans votre article que ces mamans ne voulaient pas d’enfant? ÇA VA PAS??? Leurs enfants reçoivent assurément tout l’amour et la présence de leurs parents. Ces enfants apprennent simplement un des plus grands concepts de la vie: Il n’y a personne de parfait! Vous me faites bien rire avec votre envie de voir des capsules pour montrer des familles qui réussissent… Pare qu’être imparfait, c’est être un looser? Eh bien ma chère madame Huot, j’espère que vous êtes bien sur votre île de parfait parce que je vous sens bien isolée… Vous

vivez dans quel monde???

 

Réponse de Martyne:

Monsieur ou Madame,

Je suis désolée que vous lisiez dans mes propos que je prétends être parfaite ou que ces femmes sont des loosers ou des alcooliques…

Premièrement, si vous preniez connaissance de mes billets, livres et commentaires publiés, vous pourriez constater que je déplore que certaines femmes ou hommes visent la perfection et je tente d’apporter des solutions concrètes. J’ai ce même discours dans les centaines de conférences que nous avons donné sur le sujet.’

J’exprime plutôt une crainte évidente que des parents, plus vulnérables, pourraient voir un exemple de vie dans ces capsules et cet humour. Et, c’est ce que je déplore et dénonce depuis plusieurs années déjà.

En terminant, j’aimerais voir des capsules de parents qui RÉUSSISSENT et non pas de parents qui sont parfaits. Réussir dans la vie ne veut définitivement pas dire être un parent parfait (ce qui d’ailleurs n’existe pas pour moi non plus).

Merci!

 

 

 LE DEVOIR.com

OPINION

La tendance des mères indignes

Sirnon Lapierre, Professeur à [‘École de service

social de L’Université d’Ottawa

Édition du mardi 20 octobre 2009

Mots dés: Société, Mère, Femme, Enfant, Québec (province)

 

Depuis quelques mois, nous ne cessons d’entendre des mères dites «imparfaites» ou

«indignes» parler de Leur expérience de la maternité, comme si elles évoquaient un

phénomène nouveau. Ces expériences sont traitées dans des livres, des sites Web, des

articles, des émissions de télévision, des chroniques radiophoniques, etc. La semaine

dernière encore, des femmes étaient réunies à L’émission de Christiane Charette, sur Les

ondes de La Première Chaîne de Radio-Canada, pour discuter de ce sujet.

 

IL existe indéniablement une pression sociale exercée sur les femmes pour qu’elles soient

des mères «parfaites», même si les attentes par rapport à La maternité sont souvent

irréalistes et parfois même contradictoires En réaction a cette pression sociale, des

femmes prennent La parole publiquement pour dire haut et fort qu’elles sont des mères

«imparfaites», voire même «indignes».

 

Elles présentent ainsi une version de la maternité qui, selon elles, ne correspond pas à ce

qui est généralement attendu des femmes en ce qui a trait à la façon dont elles prennent

soin de leurs enfants.

 

Du nouveau

Il n’y a probablement rien d’extraordinaire dans le fait qu’une femme ne se considère pas

comme étant une mère «parfaite , puisque la très grande majorité des femmes

n arriveraient pas se conformer en tout temps a l’ensemble des attentes que la société

impose par la voix de ses «experts» du développement de l’enfant et de la maternité. Il y a

néanmoins quelque chose de nouveau dans le fait qu’elles osent affirmer publiquement

qu’elles sont des mères «indignes», sans que leurs propos soient empreints d’un sentiment

de culpabilité. Il était d’ailleurs grand temps que des femmes nous ramènent à la réaLité et

nous fassent réaliser que ce que nous attendons des mères est totalement irréaliste!

 

À première vue, ce nouveau discours peut être reçu comme une bouffée d’air frais, qui

ouvrirait la porte a une réflexion critique sur la maternité et à une remise en question des

attentes sociales que la société impose aux femmes lorsqu’elles deviennent mères. Ce

discours peut donner à certaines femmes l’occasion de constater qu’elles ne sont pas les

seules à ne pas toujours se sentir à la hauteur, diminuant ainsi leur sentiment de

culpabilité. Il peut aussi leur permettre de prendre avec circonspection les innombrables

conseils proférés par les prétendus «experts» du développement de l’enfant et de la

maternité, groupe duquel les femmes sont elles-mêmes exclues.

Qui sont les «indignes»?

 

Il semble que nous assistions à un phénomène de mode, par lequel de plus en plus de

femmes se réclament du titre de mère «imparfaite» ou «indigne». Il faut toutefois

souligner que les femmes qui prennent la parole publiquement choisissent l’étiquette de

mère «indigne» et que ce choix a surtout des conséquences positives sur la façon dont elles

exercent leur maternité. Elles se sentent plus libres, moins coupables.

 

Si ces femmes. refusent de se soumettre en tout temps à toutes les règles qui régissent la

façon dont les femmes devraient prendre soin de leurs enfants, elles ne remettent pas

fondamentalement en question l’institution de la maternité. De façon globale, ces femmes

semblent se conformer, sans trop de difficultés, aux normes sociales qui accompagnent le

fait d être une mère. Par exemple, certaines d’entre elles refusent catégoriquement de

remettre en cause cette relativement nouvelle obligation pour les femmes d allaiter leurs

enfants, parce qu’il s’agirait d’un comportement «naturel» ou d’une question de santé

publique.

 

Les «imperfections» qui justifient cette étiquette de la mère «indigne» ne sont

certainement pas de celles qui posent un risque à la sécurité des enfants. Elles sont plutôt

de l’ordre de ne pas changer immédiatement la couche du bébé lorsqu’elle est sale, de ne

pas donner la bonne portion de légumes à son enfant chaque jour, de lui donner un biscuit

sucré… Même ta question de manger ou non des légumes biologiques durant la grossesse

est abordée!

 

Circonstances différentes

Il y a pourtant un nombre important de femmes qui font face à de réelles difficultés en ce

qui a trait à la maternité, en raison de circonstances où elles doivent prendre soin de leurs

enfants tout en ne se sentant pas à la hauteur de la tâche à accomplir. Pour certaines

d’entre elles, le contexte de pauvreté ou de violence dans lequel elles exercent leur

maternité ne leur permet tout simplement pas de répondre à toutes les attentes qui sont

imposées socialement.

 

Ces femmes ne sont pas «imparfaites» par choix ou parce que c’est tendance. Cela ne veut

pas dire que ces femmes sont de «mauvaises» mères. Au contraire, elles développent

souvent une gamme de stratégies qui leur permettent d’assurer la sécurité et le bien-être

de leurs enfants. Mais ces femmes comprennent les difficultés associées à la maternité,

ainsi les conséquences possibles si elles sont jugées comme étant de «mauvaises» mères ou

des mères «indignes».

 

Et les autres?

Je doute que ces femmes trouvent du réconfort dans les propos de toutes ces femmes qui

prennent la parole pour dire haut et fort qu’elles sont «indignes» parce qu’elles ont attendu

avant de changer la couche de leur bébé, parce qu’elles ont donné un biscuit trop sucré à

leur enfant… Ou encore parce qu’elles n’ont pas mangé des légumes biologiques

lorsqu’elles étaient enceintes! Au contraire, ce discours risque de renforcer leurs

sentiments d’incompétence et de culpabilité… «Si elles sont des mères indignes, quel

genre de mère suis-je donc?»

 

D’ailleurs, nous semblons peu enclins à donner la parole à ces femmes qui exercent leur

maternité dans des conditions difficiles. Elles sont plus susceptibles d’être blâmées dans les

médias, sans qu’on tente vraiment de comprendre leurs circonstances et conditions de vie,

ou encore les stratégies qu’elles développent. Les expériences de ces femmes pourraient

vraiment contribuer à la réflexion critique sur la façon dont nous concevons la maternité

et sur la pression que nous imposons aux femmes en tant que mères, mais sommes-nous

prêts à les écouter?

 

Et celles qui sont contentes de leur situation ou qui n’utilisent pas l’humour ou la dérision pour faire face aux situations difficiles?

 

CONDAMNÉES À CONJUGUER À L’IMPARFAIT? (lien pdf)

Concilier vie de famille et travail sans y laisser trop de plumes, est-ce possible? A l’aube de l’instauration d’une nouvelle norme de conciliation pour les entreprises, la question reste entière.

par Helen Faradji

Le récent bond du taux de natalité apparaît comme une bouffée d’air frais dans un contexte

de morosité économique et de pénurie de main-d’œuvre appréhendée. Carole Gingras, directrice du Service de la condition féminine à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, y

reconnaît les effets positifs de l’implication gouvernementale. « Le régime des services de garde à 7 $, les normes minimales du travail qui régissent les heures de travail, les 10 jours de congé annuels pour responsabilité parentale ou familiale, la Loi sur la santé et la sécurité au travail qui protège les femmes enceintes en leur allouant un retrait préventif le cas échéant : toutes ces mesures sont précieuses. Mais le fleuron du Québec, c’est le régime d’assurance parentale qui permet aux deux parents de prendre un congé quand l’enfant arrive. »

En vigueur depuis le 1er janvier 2006, ce régime — dont les effets se conjuguent sans doute à ceux des places en service de garde à contribution réduite — semble porter ses fruits : le nombre d’enfants par femme est passé de 1,49 en 2001 à 1,74 en 2008, un record depuis 1976. Bien sûr, le taux de remplacement des générations estimé à 2,1 enfants par femme n’est pas encore atteint, mais les progrès sont significatifs.

Nathalie Loignon et Julie Poulin font partie de ces jeunes femmes qui font grimper la moyenne. Chacune maman de deux enfants, elles admettent que le régime a influé sur leur décision d’avoir

des enfants. «L’idée nous trottait dans la tête depuis longtemps, mais mon conjoint était encore aux études, précise Julie. C’est le fait de pouvoir avoir droit au congé payé d’un an qui nous a décidés. Sans ça, on aurait attendu une meilleure situation.»

Du point de vue des employeurs, l’implantation de cette nouvelle mesure a impliqué des ajustements. Me Nathalie Bédard, associée au cabinet d’avocats Donati Maisonneuve, précise: «Le régime en soi ne pose aucun problème. Notre bureau offre d’ailleurs un complément de revenus pour une période de six mois. Mais il est évident qu’on ne souhaite pas que trois avocates tombent enceintes en même temps! C’est le remplacement qui pose problème. Engager quelqu’un pour un an, ce n’est pas facile. »

Rachel Houde, directrice des ressources humaines à l’agence de publicité Palm+Havas, voit pourtant un avantage à ce congé plus long. «Bien sûr, la question du remplacement est complexe, surtout dans notre milieu très compétitif. Mais puisqu’on offre un mandat d’un an, les remplaçantes et les remplaçants sont plus faciles à trouver que lorsque le congé était de trois ou six mois. »

 

Le difficile retour

Du strict point de vue du congé, la situation conviendrait donc à toutes les parties. C’est lors du retour au travail que commence le véritable chemin de croix de ces femmes qui aident le

Québec à se remettre debout. Mme Gingras en est bien consciente: « En théorie, la conciliation travail-famille est une priorité. Mais dans la réalité, les femmes courent comme des folles pour y arriver. Ce n’est pas parce que les mesures existent que tout est parfait.»

Les femmes ne sont d’ailleurs pas dupes. Et dès les dernières semaines du congé de maternité, le stress du retour se fait sentir. « J’étais vraiment angoissée, se souvient Nathalie Loignon. Je me demandais comment j’allais concilier mon travail et ma famille. Mes priorités avaient changé, mes enfants étaient au centre. Alors j’ai décidé de recommencer à temps partiel. Au collège où j’enseigne, pendant les deux années qui suivent la naissance, on peut prendre des congés sans solde sans perdre son ancienneté. »

Pour Julie Poulin, qui travaillait en tourisme, les choses ont été plus cauchemardesques. «Quelques semaines avant de retourner travailler, j’ai appris que mon poste avait été supprimé!

Après quelques mois, j’ai trouvé un autre travail, mais j’étais déjà retombée enceinte. J’avais vraiment hâte de retrouver une vie sociale, mais j’avais aussi peur d’avoir l’air de la fille qui vient ramasser son temps de chômage pour repartir un an. Je dis ça parce que j’ai déjà travaillé dans un centre de femmes où j’ai senti de la jalousie envers les femmes enceintes: certains membres du personnel qui n’avaient pas de famille comprenaient mal qu’elles aient droit à des congés spéciaux et à certains avantages alors qu’eux n’avaient aucun congé s’ils avaient un

problème.» Qui a dit que les préjugés étaient chose du passé?

Heureusement, plusieurs entreprises font leur part pour faciliter la vie des jeunes mamans. Donati Maisonneuve ferait d’ailleurs partie des très rares cabinets modèles en matière de conciliation. «Ici, le quatre jours par semaine ne pose pas problème. Et on ne demande pas à celles ou ceux qui l’obtiennent de fournir en quatre jours le même nombre d’heures qu’en cinq. Si l’enfant est malade ou sans gardienne, on peut aussi accepter des recours ponctuels au télé-travail», précise Nathalie Bédard.

Même situation chez Palm+Havas, même si la pub est un autre milieu très exigeant pour les femmes. « Dans notre agence, on gère des talents, lance Rachel Houde. Et ces talents sont précieux. On se doit de les “accommoder” avec un quatre jours semaine ou du télétravail. »

Nathalie Loignon et Julie Poulin ont elles aussi eu droit à des aménagements. La première a pu ajuster ses horaires à ceux de la garderie, et la seconde, passer à trois jours par semaine. « Mais il n’y a pas de miracle, précise Nathalie. Même avec de bonnes conditions, c’est rock’n’roll.

Dans le milieu de l’enseignement, tu rapportes toujours du travail à la maison. Et comme le collège où j’enseigne m’offrait beaucoup de souplesse, je me sentais redevable envers mes supérieurs. Je culpabilisais de ne pas être assez avec mes enfants et de ne pas travailler assez.

Je n’étais vraiment pas sereine. » Julie renchérit : « Je voulais tout faire au mieux et je ne me laissais aucun temps libre. J’ai fini par me faire plus de mal à moi qu’aux autres. »

Ainsi, même dans les milieux les plus souples, le cercle de la conciliation travail-famille semble vicieux par nature. D’autant qu’il repose aussi sur une part de chance. En effet, rares sont les entreprises à intégrer des mesures de conciliation à leurs conventions collectives. Chez Donati Maisonneuve et chez Palm+Havas, elles sont octroyées au cas par cas. «On applique la gestion du bon jugement, explique Rachel Houde. La décision d’aménager le temps de travail résulte d’une réflexion, ce n’est pas un oui automatique. »

 

Du particulier au général

C’est cette organisation aléatoire qui a poussé le Bureau de normalisation du Québec à consulter plusieurs groupes (syndicats, employeurs, employés, groupes de femmes et gouvernement) pour

établir une norme de conciliation travail-famille qui devrait entrer en vigueur en 2010. La FTQ, représentée par Carole Gingras, faisait partie des groupes consultés. «Les mesures existantes sont

éparpillées et ne concernent pas tout le personnel. Le besoin d’encadrer tout ça est criant. Selon des études de la FTQ, 85 % des travailleuses estiment avoir un problème de conciliation travail-famille.»

Mais une norme peut-elle vraiment changer quelque chose ? Mme Gingras ne se fait pas d’illusions : la norme, qui permettra aux entreprises intégrant plusieurs mesures de conciliation d’obtenir une certification, n’est pas obligatoire. Les entreprises pourront y adhérer sur une base volontaire. « La bataille aurait mérité une politique ou, mieux, une loi-cadre, avec un échéancier et des contraintes. Mais on espère que ça incitera tout de même les entreprises à faire des efforts. C’est un défi qu’il faut relever. » Au moins, les entreprises retireront des avantages d’une telle certification : «Elle les aidera à se doter d’une image positive, à conserver leur personnel, à obtenir un meilleur rendement, à établir un meilleur climat de travail et à diminuer les retards et les absences. »

Interrogées à ce sujet, Mmes Bédard et Houde, qui n’avaient pas encore entendu parler de cette norme, se sont montrées sceptiques. «Nos valeurs font qu’on n’aurait pas de difficulté à être certifiés, estime Mme Bédard. Néanmoins, comme nous sommes un bureau de professionnels, nous n’avons pas vraiment de règlements intérieurs. On s’adapte au cas par cas et ça fonctionne bien. » « Pour une entreprise, aller chercher cette reconnaissance est positif, ajoute Mme Houde. Mais nous n’en sommes pas encore là. Le travail que nous faisons, avec ses délais serrés et ses exigences, ne permet pas un encadrement trop rigide de la conciliation. La formule au cas par cas nous permet plus de souplesse.»

Reste un dernier aspect dont les effets bénéfiques, bien qu’intangibles, se font néanmoins déjà sentir: l’évolution « naturelle » des mentalités. «Lorsque j’étais étudiante, je faisais partie de la première promotion où il y avait plus de femmes que d’hommes, raconte Nathalie Bédard. Ces femmes ont pris leur place dans le milieu, plusieurs dans des postes décisionnels. Ça a un effet

sur l’ouverture d’esprit dans les bureaux. Bien sûr, il existe encore des cabinets dont le seul souci est de générer des revenus importants et où la mentalité est celle de dinosaures rétrogrades. Là, on voit souvent les femmes abandonner avant d’arriver à un poste haut placé parce qu’elles sont brûlées. Mais honnêtement, entre le moment où j’ai eu mes enfants (ils ont 13 et 16 ans) et aujourd’hui, les choses ont nettement évolué.» Rachel Houde observe aussi ces changements: «Depuis cinq ans, on voit clairement changer les préjugés à l’égard de la maternité. D’abord, les pères s’impliquent beaucoup plus dans la vie des familles. Ensuite, la nouvelle génération a des exigences différentes en matière d’équilibre entre carrière et vie de famille. Pour garder ces jeunes au sein de l’entreprise, il faut les “accommoder”: C’est donnant-donnant! Il faut être honnête: les femmes accédant à des postes supérieurs ne sont pas encore assez nombreuses, mais doucement, les choses changent.»

Une évolution progressive, mais aux conséquences suffisamment tangiblespour laisser espérer des lendemains qui chantent.::

POUR EN SAVOIR PLUS:

Sur les normes existantes en

matière de conciliation

www.cnt.gouv.qc.ca

(section Conciliation travail-famille)

Sur le Régime québécois

d’assurance parentale

www.rqap.gouv.qc.ca

Sur le projet de norme de

conciliation travail-famille du

Bureau de normalisation du

Québec

www.femmes.ftq.qc.ca

(onglet Conciliation travail-famille)

GAZETTE DES FEMMES:: NOV DEC. 2009

Les mamans équilibristes

L’égalité? C’était le combat de nos mères, vous diront les jeunes mamans d’aujourd’hui.

Le leur, ce serait plutôt d’arriver à concilier boulot et bébés sans perdre la tête.,, et surtout sans avoir l’impression qu’elles doivent choisir entre les deux, Pas facile de trouver l’équilibre.

Par Annie Mathieu

Claudine était avocate-fiscaliste avant d’avoir ses jumelles. Désormais mère au foyer et étudiante à la maîtrise en administration des affaires (MBA) à temps partiel, elle a rendu les armes de la vie professionnelle devant l’impossibilité de concilier ses responsabilités de mère et sa carrière de

façon satisfaisante. Le papa (aujourd’hui son ex-conjoint) et elle ont donc décidé qu’elle resterait à la maison afin d’élever leur progéniture. Avant de tomber enceinte, elle avait fait remarquer à son patron qu’elle trouvait que l’idée que des inégalités persistent entre les hommes et les femmes sur le marché du travail était dépassée. « Il m’a répondu : « Quand tu vas avoir des enfants, ça va changer » se rappelle-t-elle. Je me suis dit “Quel réactionnaire !“ » Pourtant, cette réplique n’allait pas tarder à prendre tout son sens, quelques années plus tard, dans

la vie de Claudine…

« Je me suis aussi rapidement rendu compte que le travail de gestion familiale relève toujours des femmes dans beaucoup de couples », avance celle qui a eu un troisième enfant. Au-delà du partage des tâches ménagères, de l’organisation de l’agenda familial, de l’éducation des petits et d’une présence satisfaisante à leurs côtés, elle estime que l’inégalité transparaît aussi dans son identité sociale de mère « à temps plein ». « Je suis passée de professionnelle reconnue et accomplie à fille fine qui balade une poussette, ajoute Claudine, mi-blagueuse. Une chance que je fais mon MBA; au moins, je peux dire que je suis étudiante »

Lorsque la Gazette a rencontré Catherine, 34 ans, celle-ci était encore bouleversée par les émotions qui l’avaient envahie au moment de reconduire sa plus jeune à la garderie, après un an à la maison avec elle. « Chloé, je ne t’abandonne pas !» avait-elle envie de lui dire. « J’ai versé

quelques larmes dans l’auto », admet la directrice de comptes d’une grande banque. Depuis la naissance de son premier enfant, il y a quatre ans, elle a changé son fusil d’épaule concernant le travail. « J’étais partie pour la gloire, affirme l’avocate de formation en riant. Je vise encore très haut, mais peut-être un peu moins qu’avant.» Elle aussi est retournée sur les bancs d’école pour compléter un MBA afin de décrocher un emploi plus conciliable avec sa nouvelle famille.

Sa conception de l’égalité en a également pris un coup. Surtout au boulot. Des collègues masculins, du même âge qu’elle et qui occupent les mêmes fonctions, peuvent dans certains cas gravir les échelons plus rapidement, croit-elle. « Quand tu es en congé de maternité pendant un an, les autres gagnent de l’expérience et peuvent avoir plus de chances d’obtenir des promotions.»

Maman: un métier à temps plus que partiel

Toutes n’ont pas la veine de Catherine et Claudine, qui peuvent se permettre un retour en classe pour dénicher un boulot qui facilitera leur double vie. Plusieurs en viennent même à faire leur

deuil d’une grande carrière, un choix déchirant. À cet égard, Annie Vézina, anthropologue et chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), se demande si les féministes

n’ont pas, justement, occulté la maternité dans leur lutte pour l’égalité.

« Les jeunes mères d’aujourd’hui expérimentent les limites du discours égalitaire qui vise à améliorer leur sort. Elles se rendent compte qu’être définies simplement en termes de ce qu’elles doivent encore gagner pour égaler le salaire des hommes ne les aide pas nécessairement à se sentir bien dans leur vie, au quotidien, avec les enfants. Que veulent les femmes, les mères, par et pour elles-mêmes? On ne se pose plus ce genre de questions », souligne Mmc Vézina, 35 ans, mère de trois enfants.

Elle pousse plus loin la réflexion: <Certes, les congés de maternité et parentaux ont été bonifiés. N’empêche que, du jour au lendemain, la mère qui retourne au travail après un an d’arrêt doit accepter de perdre le contrôle du quotidien de son enfant. Elle peut trouver que c’est cher payé de recommencer à travailler comme avant.»

Marie-Pierre Duval, recherchiste pour la télévision et mère d’un garçon de 3 ans, abonde dans le même sens, affirmant que la tendance est à l’unanimité lorsqu’il est question de maternité, notamment en raison des mesures adoptées par le gouvernement, dont lescritères d’admission sont restrictifs. «Nous sommes toutes différentes et avons des besoins qui ne se ressemblent

pas nécessairement.» Selon elle, les mères n’abordent pas toutes leur nouvelle réalité de la même façon. Par exemple, certaines souhaitent rester à la maison 12 mois consécutifs, d’autres pas.

«Je pensais vraiment avoir un ou plusieurs enfants et faire quand même ce que je voulais. La réalité m’a rattrapée », relate la jeune femme de 33 ans, qui considère ne pas avoir été préparée à la venue d’un enfant, malgré les blogues du type Mamanpourlavie qui pullulent sur le Net et les livres sur la maternité qui se bousculent sur les tablettes des librairies. « On ne parle jamais de maternité aux jeunes filles! souligne-t-elle. En 5e secondaire, il n’est question que de leurs études et de leur carrière.»

Résultat? De jeunes mères qui, comme elle, en ont plein les bras et gros sur le coeur, déchirées entre les valeurs égalitaires qu’on leur a inculquées et la réalité, beaucoup plus émotive, de la maternité. Certaines figurent d’ailleurs dans son premier documentaire, Bébé ou CV?, qui sera diffusé en décembre sur les ondes de Canal Vie.

Ce malaise semble se traduire en un seul et même sentiment: la culpabilité. Un sentiment qui se manifeste de plusieurs façons, selon les mamans que la Gazette des femmes a rencontrées. D’une part, elles racontent ne pas se sentir de « bonnes mères » en laissant la responsabilité de leurs enfants à d’autres, mais à l’inverse, lorsqu’elles sont à la maison, les dossiers qui s’empilent sur leur bureau continuent à leur trotter dans la tête.

« Finalement, on se sent toujours un peu coupable », affirme Catherine, résignée.

Pondérer égalité et maternité

Ce sentiment découle du partage encore inéquitable des tâches domestiques et du travail salarié entre les deux parents, selon Francine Descarries, professeure et coordonnatrice de la recherche à l’institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM. « Quand l’enfant paraît, l’illusion de l’égalité disparaît. Les femmes se réassignent elles-mêmes dans le domestique et conséquemment, ont du mal à concilier carrière et bébés.»

Mme Descarries admet du même souffle que la conjoncture actuelle pour l’organisation du travail et de la famille n’est pas idéale. Elle cite notamment l’heure de fermeture des garderies et le congé de maternité qui n’est pas suffisamment flexible.

Claudine évoque une tout autre raison de se sentir coupable. « Ma mère était avocate et elle réussissait à tout faire », affirme-t-elle, un brin d’envie dans la voix. Marie-Pierre Duval parle quant à elle de « dette envers les féministes » qui donne l’impression que l’on « se plaint le ventre plein ». Bref, plusieurs jeunes mères ont le sentiment de ne pas être à la hauteur de celles qui les ont précédées.

Était-ce plus facile autrefois d’être mère et féministe? Annie Vézina soutient qu’il est difficile de comparer, car la situation a changé. « Avant, les inégalités étaient flagrantes. Les femmes n’avaient pas de droits, elles n’étaient même pas des individus. Les premières luttes féministes avaient pour but de faire tomber ces inégalités s, explique l’anthropologue.

« Aujourd’hui, la maternité est souvent envisagée comme un état dont la femme doit se détacher pour se libérer, particulièrement en occupant un emploi à temps plein, ajoute-t-elle. Mais certaines mères se demandent si la liberté tant recherchée n’est pas aussi liée au sentiment de se trouver à la bonne place, au bon moment et cette “bonne place”n’est pas nécessairement au travail, pendant que l’enfant est à la garderie. Alors que les débats actuels convergent vers

l’importance de l’autonomie financière pour les femmes, il semble difficile de faire admettre cet autre point de vue.»

Elle soutient que le problème est plutôt notre vision étriquée de l’égalité, car il arrive aussi que le père et la mère ne fassent pas la même chose et se sentent égaux, ou l’inverse. « L’égalité, c’est aussi savoir respecter l’autre dans sa différence s, résume-t-elle.

Mme Descarries estime qu’il faut faire attention à ce que ce débat ne glisse pas vers la survalorisation de la maternité aux dépens de la paternité. « Loin de moi l’idée de nier la beauté de la maternité! Mais je suis incapable de dissocier ce discours essentialiste d’un courant traditionaliste lié au gouvernement conservateur s, lance la professeure.

« Ce qu’il faut, c’est trouver son équilibre », affirme Annie Vézina, qui croit que la question qui oppose souvent féminisme et maternité ne sera jamais complètement résolue. Mme Descarries réitère que c’est plutôt la question de la conciliation travail-famille qui pose encore problème chez les féministes, compte tenu des inégalités qui persistent dans les foyers québécois.

«On doit apprendre à vivre avec le sentiment d’ambivalence qui, finalement, oppose la tête et le cœur », conclut Mme Vézina. « Oui, mais sans revenir en arrière, alors que les femmes étaient définies seulement en tant que mères et conjointes s, ajoute Francine Descarries. La quête se poursuit…

 

Une réponse à “Mères indignes et autres sujets de l’heure…”

Rétroliens

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