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Ces massages qui soulagent

Centre Médical Jackson, Miami. Pelotonné dans son incubateur en plexiglas, Brandan Owens, 11 jours, semble aussi inaccessible que Blanche Neige dans son cercueil de verre. Né huit semaines avant terme, le petit garçon pèse 2 kilos : il doit vivre dans cet environnement chauffé artificiellement parce que son propre système, immature, ne parvient pas encore à assurer sa régulation thermique.

La mère de Brandan réprime un geste d’inquiétude lorsque Maria Hernandez-Reif, de l’Institut de recherche sur le toucher (IRT), passe les bras au travers des hublots et commence à masser le bébé. Sa main est plus grande que le dos de Brandan. Par petites touches fermes, elle pétrit sa peau translucide, qui semble aussi fragile qu’un mouchoir en papier. Ensuite, Maria lui manipule le bras, plus frêle qu’un rameau. La pression de ses doigts est douce : ni trop légère, pour ne pas chatouiller ; ni trop forte, pour ne pas faire de mal.

Loin de blesser le nouveau-né, le massage peut être indispensable à sa croissance. Pour lui, la stimulation tactile est un besoin vital. En réalité, comme les autres bébés nés avant terme qui sont suivis à l’IRT, Brandan va tirer un bénéfice étonnant de ces massages. A raison de trois séances quotidiennes pendant 10 jours, il devrait être plus éveillé, plus actif et plus réceptif que d’autres prématurés de même taille n’ayant bénéficié d’aucun massage. Les risques d’apnée, caractéristiques du syndrome de la mort subite du nourrisson, seront moins à craindre, et il pourrait prendre du poids plus rapidement.

Tandis que les mains de Maria se déplacent sur le corps fripé de Brandan, le bébé se détend peu à peu, pince les lèvres, étire les jambes : à l’évidence, cela lui fait du bien.  Au bout d’un quart d’heure de massage, Brandan est paisible, mais éveillé.

 

Un besoin vital

Michel-Ange avait compris l’importance du toucher. En représentant Dieu tendant la main vers Adam sur le plafond de la chapelle Sixtine, il a choisi ce sens pour exprimer le don de la vie. Depuis les caresses qu’une mère dispense à son bébé jusqu’à l’ultime étreinte d’un fils qui tient la main de son père sur le point de mourir, le toucher est notre plus intime, notre plus puissante forme de communication.

De nombreuses études ont mis en évidence les effets du plus banal des contacts physiques. Les serveuses qui rendent la monnaie en touchant la main ou l’épaule de leur client recevront un pourboire plus généreux que les autres. Que l’on ne s’étonne pas si les politiciens s’adonnent aux bains de foule et serrent des mains la veille d’une élection !

 

Thérapie ou contes à dormir debout ?

L’idée selon laquelle le toucher possède des vertus thérapeutiques ne date pas d’hier. Le mot  « massage » vient d’un mot arabe qui signifie « toucher ». Mais les premiers témoignages écrits sont chinois et remontent à 2500 ans.  Un bas-relief sur la tombe d’Ankh-ma-hor, un prêtre égyptien ayant vécu 2200 ans av. J.-C., représente un homme assis auquel, selon certains historiens, on frictionnerait le pied. Au IVe siècle av. J.C., Hippocrate, père de la médecine moderne, écrivait ceci : « Le médecin doit connaître beaucoup de choses, et, assurément, l’anatripsis », en d’autres termes, l’art du massage.

La science ne fait que confirmer ce que nous savions déjà : le massage est une thérapie. Plus de 50 études, dont la plupart sont en cours, révèlent que le massage peut avoir des effets positifs sur la colique, l’hyperactivité, le diabète et les migraines ; il peut aider les asthmatiques à mieux respirer ou améliorer la capacité de concentration des enfants autistes.

 

L’interdit du toucher

« Être touché » signifie également « être profondément ému ». Le toucher ne se réduit pas au simple contact épidermique. La peau est la membrane la plus étendue du corps humain. Elle contient des millions de récepteurs sensoriels – 8000 pour la seule extrémité d’un doigt qui, par l’intermédiaire des fibres nerveuses, envoient des messages jusqu’à la moelle épinière et au cerveau. Un simple contact – un bras passé autour d’une taille, une pression sur l’épaule – peut réduire le rythme cardiaque et diminuer la tension artérielle. Le seul fait de tenir la main d’un malade plongé dans un coma profond modifie son rythme cardiaque. Un « toucher positif » empreint d’amour stimule la libération d’endorphines, ces antalgiques de notre corps. C’est pourquoi l’enfant qui vient de s’écorcher un genou ira vraiment mieux si sa mère le caresse.

D’après les études menées à l’IRT, le massage renforce les défenses immunitaires, y compris celles des séropositifs, et réduit le taux d’hormones du stress, comme le cortisol et la noradrénaline.

Par ailleurs, les prématurés qui ont bénéficié de massages sortent de l’hôpital en moyenne six jours plus tôt. Pourquoi les pouponnières des hôpitaux n’ont-elles pas déjà toutes leurs programmes de massage ? La raison est peut-être culturelle. Le psychologue Sidney Jourard s’est promené dans les cafés du monde entier pour y observer la fréquence des contacts physiques entre les couples : Porto Rico détient le record (180 contacts en une heure) ; c’est en Floride, entre autres, qu’il y en a le moins (deux en une heure).

Tiffany Field, une psychologue de l’IRT, a découvert que caresses, cajoleries et étreintes sont trois fois plus fréquentes entre parents et enfants américains. En comparant le comportement d’adolescents dans un restaurant McDonald’s, elle a noté qu’à Paris ils ont entre eux de nombreux contacts physiques – on s’appuie l’un sur l’autre, on s’enlace – tandis qu’à Miami ils jouent avec une bague, font craquer leurs articulations ou recherchent d’autres formes d’auto stimulation sensorielle. 

« En France, les gestes d’affection des parents et des professeurs envers les enfants sont plus nombreux. Et les enfants se montrent moins agressifs », conclut Tiffany Field.

Les Américains n’ont pas assez de contacts physiques, s’inquiète la psychologue, surtout depuis qu’un soupçon généralisé de harcèlement et d’abus sexuel pèse sur les écoles et sur les lieux de travail. Le toucher est devenu tabou même dans les institutions préscolaires américaines. « Le phénomène n’est pas sans conséquence sur la croissance, le développement et le bien-être émotionnel des enfants », remarque-t-elle.

A la garderie de l’IRT, les professeurs encouragent le « toucher positif » : étreintes, frottements sur le dos, tapes sur l’épaule. La plupart des 40 enfants âgés de six mois à cinq ans, reçoivent tous les jours un quart d’heure de massage : ils sont ensuite plus éveillés, plus réceptifs, et dorment mieux. 

 

Du premier au dernier jour de notre vie

Le toucher est le premier sens qui se développe chez les humains. Il peut être aussi le dernier à disparaître. Dans le cadre d’une étude menée par l’IRT, des volontaires de plus de 60 ans ont bénéficié de trois semaines de massage avant d’apprendre à masser les enfants de la garderie. Ces personnes âgées ont éprouvé autant de plaisir à dispenser qu’à recevoir un massage. Autre observation : elles semblaient moins atteintes par la solitude et la déprime, et le taux d’hormones du stress en était réduit d’autant. L’étude a aussi montré que ces personnes allaient moins souvent chez leur médecin, diminuaient leur consommation de café et redevenaient plus sociables.

Après la mort de son mari et le départ de ses enfants, Madeline Chance, 80 ans, s’était mise à souffrir de dépression. Lorsqu’elle a appris qu’on cherchait des volontaires pour une étude sur les massages et les personnes âgées, elle s’est inscrite aussitôt. C’était la première fois qu’elle se faisait masser, et cela lui a procuré un grand réconfort. Comme la plupart des volontaires, elle a même éprouvé davantage de plaisir à masser les autres.

Le programme de recherche est terminé, mais Madeline continue à venir pour s’occuper des tout-petits. « Que dirais-tu d’un massage ? ». Demande-t-elle à John, un bébé potelé de sept mois.

John gazouille. Elle se penche et lui caresse doucement le dos. Le bébé, jusqu’alors agité, se calme peu à peu sous ses doigts. Il lui sourit de toutes ses gencives et lève les bras, comme en extase. Entre ces deux êtres, le courant vient de passer.

 
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