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La naissance (2/3) : L’accouchement

L’accouchement est une expérience qui peut paraître accablante. Le corps a un travail à faire et le fera, mais l’esprit et la sensibilité, réduits à l’impuissance, se révoltent parfois. Au lieu de vous laisser aller, vous vous raidirez peut-être à chaque contraction en essayant de reprendre le contrôle de votre corps, au lieu de lui obéir. Le résultat peut être douloureux et épuisant.  C’est pour cela que la préparation à l’accouchement est très utile, car en le débarrassant de tous ses mystères, elle vous apprend à coopérer. Et si votre compagnon, qui l’a suivie aussi, est là pour vous assister, tout peut être changé. Certes, le père est concerné sur le plan affectif, mais il ne souffre pas physiquement. Sa présence rassurante peut vous aider à vous abandonner.  Lorsque la douleur vous fait perdre la tête, il est là pour vous rappeler ce qu’on vous a enseigné. Il peut vous frictionner le dos, vous humecter les lèvres. À mesure que le travail progresse, vous entraînant de plus en plus profondément dans les affres de l’accouchement, il peut devenir la personne la plus importante de votre entourage. Les sages-femmes et les médecins vont et viennent, s’occupant de vos besoins physiques ; mais lui est là pour vous aider moralement. Quand votre vision du monde se brouille sous l’effort, son visage reste clairement visible, ses paroles sont les seules que vous puissiez encore comprendre. Au moment où le bébé apparaît, aucun père ne peut plus douter de l’importance de son rôle. Le bébé sera bien à vous deux depuis le début.

Quoique de plus en plus de couples désirent rester ensemble pendant l’accouchement et que les pères soient admis maintenant dans les salles de travail, il y aura toujours des hommes qui ne supporteront pas l’idée d’assister à un accouchement difficile et des femmes qui préféreront vivre seules cette expérience, mais ils pourront quand même essayer d’en parler ensemble plus tard.

Quant à vous, mère de fraîche date qui venez de traverser une extraordinaire expérience, une épreuve physique et affective intense, il est presque certain que vous éprouverez le besoin de revivre ce moment, d’en évoquer chaque détail, de l’assimiler, de méditer sur ce que vous avez ressenti. Certains petits détails seront restés vagues, et vous voudrez les éclaircir avant d’abandonner le sujet : comment se fait-il que la nuit soit tombée sans que vous le remarquiez ? Combien de temps s’est-il écoule entre votre entrée dans la salle d’accouchement et la naissance de bébé ? Et d’autres questions plus personnelles :  les sages-femmes ont-elles compris pourquoi vous vous tourmentiez ? Tout le monde est-il fier de vous et pouvez-vous être fière de vous-même ? Jusqu’à ce que vous l’ayez revécu dans le détail, votre accouchement restera présent à votre esprit, ne vous laissant pas libre de vous consacrer sans arrière-pensée à votre tâche de mère. Ce sont les femmes qui n’ont personne à qui parler ou celles qui ont été trop secouées par l’expérience pour pouvoir l’évoquer, qui sont poursuivies par ce souvenir. L’accouchement devient un événement qu’elles voudraient oublier, mais qu’elles ne peuvent chasser de leur esprit. Or il est essentiel de faire place nette, car votre bébé a maintenant besoin de toute votre attention. Son épreuve à été plus dure que la vôtre. Comme nous ne pouvons savoir exactement ce qu’il ressent, nous faisons comme s’il était encore insensible, ne nous souciant que de sa sécurité et laissant pour plus tard les considérations de bien-être et de bonheur.  Mais le développement technologique actuel permet d’assurer au nouveau-né à la fois sécurité et bien-être. Aussi, lors de la naissance, convient-il de ne pas perdre de vue ses sensations probables…

Pénélope Leach, Votre enfant, de la naissance à la grande école, Éditions Albin Michel.

2 Réponses à “La naissance (2/3) : L’accouchement”

  1. Mimi dit :

    Merveilleux!

    2 accouchements tellement différents: le premier où je combattais (et donc hormones, ensuite péridurale, ensuite 4 heures de poussées, ensuite…) et le second où j’ai laissé allé mon corps(4 heures en tout, 3 poussées, peu de douleur!)

    Avant le premier, je n’aurais pas compris l’article. Au 2e, j’avais oompris la puissance du corps de la femme qui accouche.

    Merci de mettre ce genre de texte!

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