Classé sous | Actualités

La naissance (3/3) : Dans son nouvel univers

Brutalement arraché à son havre obscur de douceur, de tiédeur et de calme, et poussé à travers un passage étroit vers un monde de lumière, de bruits et de sensations, le bébé sent sont système nerveux tout entier réagir au choc. C’est le choc de la naissance qui l’incite à faire le douloureux effort de respirer. Le placenta, qui fournissait son oxygène sanguin à partir de votre sang, a achevé sa tâche, mais le sang qui bat encore dans le cordon ombilical, donne un répit au nouveau-né. Il faut qu’il respire, mais désormais, il doit assumer seul cette fonction vitale. Aujourd’hui, nous n’accompagnons plus ce moment de transition d’une claque sur les fesses, nous pouvons attendre paisiblement et peut-être découvrir la beauté d’une première respiration sans cri.

Pour qu’il respire facilement, il faut débarrasser son nez et sa bouche du liquide amniotique et des mucosités. Mais s’il peut les expulser tout seul, pourquoi le tourmenter avec des sondes ? Nous sommes si habitués à la routine de l’aspiration que nous oublions encore parfois la sensation qu’elle peut produire.

Sa respiration mise en route, le nouveau-né a besoin de se reposer et de découvrir que bien que votre utérus l’ait rejeté, il existe encore du bien-être dans son univers. Votre ventre doux et maintenant relâché lui fait une couche idéale. Il se sent presque aussi bien que dedans. Là il peut se reposer.

Mais il n’y a pas de détente possible avant que cessent les bruits de fond. Tout va bien maintenant. Éteignez les lumières. Elles font mal aux yeux du bébé. Il n’a jamais vu la lumière.

Il n’y a plus rien à faire qui soit urgent. Que la pièce soit silencieuse, pour que les bruits soudains ne lui fassent pas peur. Jusqu’à présent, les sons lui parvenaient atténués par son environnement liquide.

Dans la pénombre et le calme, la chaleur et la paix, le nouveau-né peut enfin se détendre après cette épreuve terrible. Sa respiration va se régulariser, son visage chiffonné se défriper et ses yeux vont s’ouvrir. Sa tête se soulèvera un peu et ses membres remueront contre votre peau. Mettez-le doucement sur votre poitrine nue, peut-être se mettra-t-il à téter, découvrant ainsi une nouvelle forme de contact humain, qui lui permettra de se sentir un peu moins seul. Ce sont là  ses premières impressions :  faites en sorte qu’elles ne soient pas douloureuses. Ce sont là ses premiers moments de vie, faites qu’ils s’écoulent en paix.

L’enfant doit être pesé. Mais faut-il vraiment le peser tout de suite ? Son poids sera le même dans une demi-heure. Il doit être lavé.  Mais pourquoi maintenant ? La  substance qui a enduit sa peau pendant des mois ne va pas devenir nocive simplement parce qu’il est né. Il doit être vêtu, mais pourquoi tout de suite ? Votre chaleur, une légère couverture et la température de la pièce lui suffisent. Il doit avoir des gouttes dans les yeux, un pansement ombilical, un examen médical, un berceau. Vous-même, vous devez être lavée et changée, transportée dans un lit ; vous avez besoin de boire et de dormir. Certes, toutes ces choses sont indispensables, mais aucune n’est urgente. Le bébé est né, il mène son existence indépendante. Le moment de technologie et de soins efficaces est passé. Jouissez donc tous les trois de cet instant de douce et paisible intimité.

Pénélope Leach, Votre enfant, de la naissance à la grande école, Éditions Albin Michel.

Écrire un commentaire

Restez connecté :


Pour nous joindre : 5485, boulevard de l'Ormière
Québec (Québec) G1P 1K6
Tél: 418-688-3301
Fax: 418-688-7666
Question? Commentaire? Écrivez-nous


Partenaires