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Comment Oasis m’a tout simplement sauvé la vie…

 

« J'ai fait partie du groupe Oasis pendant environ 8 mois. J'ai attendu trop longtemps avant de demander de l'aide. J'en avais tellement eu, les 2 premiers mois de vie de mon bébé. Nos familles ont quitté leur région pour venir nous prêter main forte, mon conjoint a été extrêmement présent … Mais quand arrive le temps où tu dois continuer seule et que tu n'y arrives tout simplement pas, alors que tous ces gens autour de toi y arrivent, le matin où tu regrettes sincèrement d'avoir mis cet enfant au monde, ne reste plus que ce cuisant sentiment d'échec.

« J'étais pourtant sûre que je serais une bonne mère… Je comprends maintenant qu'il est impossible d'offrir toute la dévotion que nécessite un enfant lorsqu'on s'est perdu soi-même. Justement, j'avais tout donné et je n'essuyais qu'un deuil après l'autre. Bébé prématuré, 3 semaines dans l'incertitude de la pouponnière à tenter un allaitement qui m'épuisait et ce, sans la moindre intimité ou proximité avec mon bébé. Toute l'anxiété du retour à la maison sans les infirmières, les moniteurs cardiaques et une tonne de recommandations contraignantes. Mon allaitement n'a pas survécu longtemps aux premiers symptômes de la dépression. Mais j'ai continué de m'acharner. Je devais le faire, j'étais une mère. Je n'avais jamais atteint ma vraie limite dans la vie. J'ai toujours été une battante. Mais elle était là, ma limite. Ma belle-famille m'a recueillie dans notre lac St-Jean natal, inquiète et aimante, pour une semaine qui en sont devenues deux. Une fois médicamentée et ayant réussi à me sortir de l'insomnie chronique, les Relevailles à qui j'avais demandé de l'aide m'ont tendu la main. J'ai intégré le groupe Oasis.

« Je me suis rapidement mise à attendre les mercredis avec espoir. Ce groupe a ménagé mes amis et mes proches. Je pouvais y déverser toutes mes angoisses irrationnelles tout en préservant ma vie de couple. Même si nos conjoints et nos proches veulent de tout coeur être là pour nous, ils sont souvent impuissants devant notre détresse. Au début, tout le monde est disponible et aidant.

« Néanmoins, plus les mois passent, plus nous « devrions » être remise sur pied. Alors la culpabilité augmente, on ne veut plus être un fardeau, nos proches ne savent parfois plus quoi dire pour nous encourager… Les mamans du groupe, elles, comprenaient exactement où je me situais, je le voyais dans leurs yeux. Je n'ai jamais eu l'impression de déranger, ou d'être jugée, même si certains sujets ou incertitudes reviennent sans cesse. Ils reviennent pour toutes les mamans.

« Durant ces 8 mois de rémission, j'ai lu, j'ai écrit, j'ai réfléchi, j'ai parlé, j'ai pleuré, j'ai écouté, j'ai bien nettoyé l'abcès. J'ai dû me rendre à l'évidence que cette guérison serait plus longue qu'un simple rhume. J'ai vu des mamans entrer et sortir du groupe plus rapidement que moi. Je n'ai vu certaines anciennes qu'une fois ou 2, mais chacun de ces témoignages m'a encouragé, rassuré ou simplement, fait réfléchir. Moi, j'avais besoin de ces 2 heures de répit dans ma semaine pour ventiler et faire le point. Grâce aux bénévoles si dévouées qui prenaient soin de mon petit dans la pièce d'à côté, il m'était enfin possible d'avoir une conversation avec d'autres adultes sans utiliser tout ce qu'il me restait de mon cerveau surmené pour prendre soins de bébé. Ces extraordinaires mamans avec lesquelles j'ai grandi et guéri sont devenues pour moi presque des proches. Probablement parce que nous n'avions aucun lien dans nos vies respectives, ces rencontres étaient empreintes d’honnêteté et d'ouverture. Nous avons tissé des liens extrêmement forts dans notre relation d'entraide. Je ne peux imaginer ma rémission sans ces rencontres, sans mes mamans. J'y ai rencontré des femmes inspirantes, qui comme moi se reconstruisaient à leur rythme, qui comme moi essuyaient des échecs mais savouraient aussi de petites victoires. Ce qui est merveilleux de cet esprit de groupe, c’est que leurs victoires deviennent presque les nôtres et nos échecs une fois partagés deviennent infiniment moins lourds.

« Vous savez maintenant comment Oasis m'a tout simplement sauvé la vie et à quel point je suis fière de la maman que je suis devenue, un pas à la fois, à vos côtés, avec et grâce à vous, Élise et Lynn, il est clair que vous êtes au bon endroit.

« J'ai fini par me rendre à l'évidence de bien des choses dans mon parcours : on n'a l'expérience de maman que le nombre de mois de vie de notre bébé. Les premiers mois de vie de mon bébé ont le droit de ne pas être mes préférées. Le lien d'attachement n'arrive pas comme un coup de foudre à l'accouchement à tout le monde. Mon bébé est une nouvelle personne dans ma vie et j'ai le droit de prendre le temps de la connaître sans en être instantanément amoureuse. Personnellement, mon accouchement a été une telle surprise que même à 6 mois de vie, je n'arrivais pas à faire le lien entre mon enfant et le petit bébé que j'avais bercé dans mon ventre pendant 8 mois. J'ai aussi dans mon parcours dû faire le deuil de l'enfant parfait. Arrêter de le comparer et seulement l'aimer tel qu'il est dans toute sa complexité. Le deuil aussi de l'accouchement parfait, le retour à la maison standard, l'allaitement parfait… Surtout, j'ai appris à lâcher-prise. »

Catherine

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