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Histoire de Noël

 

Conversation surréaliste
entre des enfants et leur mère

–          Maman, tu écris un texte pour Yoopa ?

–          Mmmm, répond la mère, en mal d’inspiration.

–          Maman, que fais-tu ?

–          Rien, je cherche une idée. J’ai pensé à plusieurs choses, je crois bien que je vais raconter le conte de Noël que j’aime tant, tu sais celui du bon petit lapin, qui, un matin d’hiver glacial et n’ayant plus rien à manger, trouve deux carottes rouges dans la neige. Il croque, croque, croque l’une des carottes, et se souvenant de son ami le petit cheval, aussi affamé que lui, va chez lui et ne le trouvant pas, laisse la carotte bien en vue.

–          Maman, ce n’est pas un conte de Noël.

–          Non ? répond, un peu interloquée, la mère. J’ai toujours cru que c’était un conte de Noël !

–          Non. Il n’y a ni arbre de Noël, ni cadeaux, ni père Noël, ni enfants sages, ni loupiotes, ni gâteau, ni…

–          D’accord. C’est vrai. Attends, j’ai une autre idée. J’ai pensé expliquer aux enfants l’origine du père Noël et celle du père Fouettard, qu’on connaît moins bien. À l’origine, on fêtait Noël le 6 décembre. D’ailleurs, dans plusieurs pays d’Europe, on le fête encore le 6 décembre. C’était la fête de saint Nicolas.

–          Saint Nicolas ?

–          Oui, c’est l’ancêtre, si on peut dire, du père Noël. Il était toujours accompagné du terrible père Fouettard, et ils allaient de maison en maison pour laisser des bonbons aux enfants qui avaient été sages ou, au contraire, promettre la trique aux enfants malcommodes

–          La trique ?

–          Le fouet, ou le bâton. Rien de bien agréable… Les enfants plaçaient leurs souliers près de la cheminée, déposaient des carottes pour la mule de saint Nicolas

–          La mule ? Il n’avait pas de rennes ?

–          Non, une mule. A cette époque, c’était une mule. Donc, on laissait des carottes à la bête et un verre de vin pour le saint.

–          Un verre de lait, tu veux dire, maman.

–          Non, un verre de vin. Le lait, seuls les petits enfants – les enfançons – le buvaient. Les adultes buvaient du vin. Saint Nicolas était habillé comme un évêque : longue robe rouge et blanche (tu devines que cette robe est devenue son manteau rouge bordé de blanc), et mitre sur la tête. On en a fait un bonnet de feutrine rouge. Le père Fouettard, lui, était tout de noir vêtu. Certains disent même qu’il avait la peau noire des Maures.

–          Les Maures ?

–          Oui, les Maures et l’Espagne s’étaient fait la guerre au VIIe siècle. Les Maures, c’était le nom que les Européens donnaient aux Arabes à cette époque, aux Berbères aussi. Donc, l’ennemi, on le voyait comme l’envahisseur de l’Espagne. Le père Fouettard ressemblait donc à l’ennemi.

–          Et tu vas expliquer tout cela dans ton article ?

–          Cela risque d’être long. Et je me demande si les gens aiment autant l’histoire que moi.

–          Oui, et puis, ils vont se demander comment ton saint est devenu le père Noël et comment on en est venu à fêter le 25 décembre.

–          Oh cela, c’est facile à comprendre. Au XVIIe siècle, il y a eu une forte immigration hollandaise et allemande vers les États-Unis, et ces immigrants ont apporté avec eux leurs coutumes, bien évidemment. Ils ont importé leur saint Nicolas, Sinter Klaus… qui est devenu en anglais Santa Klaus.

–          Mais c’est le nom anglais du père Noël !

–          Eh oui. Et on a choisi à peu près à cette époque de déplacer la date vers le solstice d’hiver, qu’on a établi au 25 décembre. Mais ailleurs, on fête Noël en janvier, ce n’est pas une date bien arrêtée. En 1821, un pasteur américain a eu l’idée d’humaniser le père Noël, il l’a modifié quelque peu, lui a fait quitter ses habits d’évêque, en a fait un bonhomme plutôt jovial, sur un traîneau tiré par des rennes… A dire vrai, je ne sais trop si les rennes sont apparus à ce moment de l’histoire, il faudrait que je fasse la recherche.

–          Tu auras le temps ?

–          Mais oui, mais je ne sais pas si j’ai envie de penser aux rennes. A dire vrai, je n’ai pas tellement envie d’écrire l’histoire du père Noël.

–          J’ai une idée ! Pourquoi tu ne donnerais pas les preuves scientifiques de la non-existence du père Noël ?

–          Mais… il existe !

–          Maman, même ma petite sœur ne croit plus au père Noël !

–          Alors, là, je demande à voir. Je pense que tu te trompes…

–          Tu veux que je te donne les preuves ? D’abord, si tu calcules que le père Noël dispose d’une nuit pour faire le tour du monde, donc de 12 heures… même si on lui rajoute les fuseaux horaires, cela ne lui donne en tout que 24 heures. Donc un tour du monde en 24 heures, ce n’est pas crédible.

–          Jules Verne a bien imaginé le sien en 80 jours… et c’était à une époque bien moins performante que présentement.

–          Maman ! dit le rejeton d’une voix mourante.

–          Bon, d’accord, d’accord, je t’écoute.

–          Donc si tu calcules qu’il y a environ 2 milliards d’enfants sur terre…

–          Deux milliards ?

–          Bon, un si tu préfères… et que le père Noël ne passe que chez les plus sages…

–          Admettons, cela a du sens. On calcule la moitié de tes deux milliards ? Un milliard d’enfants sages ?

–          Un peu moins, non ?

–          500 millions ?

–          Oui, 500 millions me semblent bien. Le père Noël dispose donc de 86 400 secondes pour effectuer son tour de toutes les villes et de tous les villages. Nous calculons donc que le père Noël a environ 0,0002 seconde à accorder à chaque enfant.

–          Attends, il peut y avoir plusieurs enfants par maison.

–          Très bien, mettons trois enfants par maison, bon, même quatre. Il ne lui reste plus que 125 millions de cheminées à visiter. Et parlons-en, de ces cheminées. Comment garderait-il une barbe si blanche après avoir ramoné la suie de tous ces tuyaux ?

–          Revenons à nos calculs, dit prudemment la mère qui n’a pas de réponse à cette question de la blancheur de la barbe et qui tente d’esquiver le problème en douce.

–          Donc, arrondissons à 0,0008 secondes pour chaque lieu visité. Divisons par deux car il lui faut du temps pour les trajets. Il doit donc aller à une vitesse approximative de 1100 km/seconde, soit 3000 fois la vitesse du son. En comparaison, notre véhicule le plus rapide ne fait pas deux fois la vitesse du son. Il faut croire que les rennes sont dopés à je ne sais trop quoi, mais c’est du tonique.

–          Tu me perds avec tes chiffres, je ne peux rien contester, je n’ai même jamais su mes tables de multiplication. Tu penses bien que si tu me parles de la vitesse de la lumière…

–          Du son, maman, du son.

–          Bon, c’est du pareil au même, c’est trop grand pour que je puisse m’y arrêter.

–          Imagine le poids du traîneau, maman. Et celui de la hotte du père Noël ! Si chaque enfant sage a un cadeau, et que chaque cadeau ne pèse que 10 grammes, on a 5 millions de kilos. Tu sais combien de tonnes ça fait, toi?

–          Bon, de toute façon, tu as un esprit scientifique. Pas moi, je suis une rêveuse, je veux bien y croire, je ne l’ai jamais vu, et je l’ai attendu toute mon enfance.

–          Et si on le piégeait ? demande la petite sœur qui se joint à la conversation.

–          Ah oui, et comment ?

–          Répandons de la farine tout autour de la cheminée, et à potron-minet, on verra bien s’il y a ou non des traces de bottes.

–          Mais cela fonctionnerait beaucoup mieux si on installait un détecteur de mouvements… repart le grand frère, celui qui a fait tous les calculs.

–          N’essaie même pas de finir ta phrase, gronde la mère excédée, qui se demande bien ce qu’elle va pouvoir écrire sur Noël.

 

 Groupe Les Relevailles

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